La certification périodique change la donne pour les médecins généralistes. Le DPC triennal, longtemps seul cadre de référence, cède progressivement sa place à un dispositif plus large, structuré sur six ans, avec des sanctions ordinales possibles. Comprendre l’articulation entre ces deux mécanismes est devenu une nécessité pour tout praticien en exercice.
Certification périodique des médecins : un cycle de six ans qui redéfinit le cadre
L’ordonnance du 19 juillet 2021, précisée par le décret du 22 mars 2024, a instauré la certification périodique comme nouveau cadre obligatoire pour les professionnels de santé à ordre. Ce dispositif ne se substitue pas brutalement au DPC triennal, mais l’englobe dans un programme d’actions étalé sur six ans.
Concrètement, la certification périodique impose aux médecins généralistes de valider des actions réparties en quatre blocs distincts sur chaque cycle :
- Actualisation des connaissances et des compétences (le volet classique du DPC)
- Renforcement de la qualité des pratiques professionnelles
- Amélioration de la relation avec les patients
- Prise en charge de la santé personnelle du praticien, incluant la prévention des risques psychosociaux
Ce dernier bloc constitue une rupture nette avec le DPC triennal. La dimension de santé du médecin lui-même n’avait jamais été intégrée dans un dispositif réglementaire obligatoire auparavant.
Pour les médecins en exercice avant 2023, une période transitoire de neuf ans est prévue, avec une première échéance fixée à mi-2032. Les praticiens installés après cette date entrent directement dans le cycle standard de six ans.

Obligation triennale DPC : ce qui reste en vigueur pendant la transition
Le DPC triennal n’a pas disparu. Tant que la certification périodique n’est pas pleinement opérationnelle pour l’ensemble des spécialités, chaque médecin doit toujours justifier d’un parcours de développement professionnel continu sur trois ans.
Le parcours triennal impose de combiner au moins deux des trois types d’actions suivants : formation continue, évaluation des pratiques professionnelles, gestion des risques. L’une de ces actions doit relever des orientations prioritaires définies par le Collège de la Médecine Générale (CMG), le conseil national professionnel de la spécialité.
Orientations prioritaires prorogées jusqu’à fin 2026
Les orientations prioritaires fixées pour la période 2023-2025 ont été prorogées jusqu’au 31 décembre 2026. Nous observons que cette prolongation offre une fenêtre de stabilité pour structurer son parcours sans craindre un changement de référentiel à court terme.
Pour remplir cette obligation, deux voies coexistent. La première consiste à suivre le parcours DPC établi par le CMG. La seconde, moins encadrée, repose sur une démarche personnelle documentée, à condition de conserver toutes les attestations et preuves de participation. En cas de contrôle ordinal, l’absence de traçabilité équivaut à un défaut de conformité.
Financement ANDPC et plafonds pour les médecins libéraux
L’Agence nationale du DPC (ANDPC) finance les actions de formation pour les médecins libéraux conventionnés. Ce financement couvre à la fois les frais pédagogiques et une indemnisation pour perte d’activité pendant les heures de formation.
Chaque médecin dispose d’un forfait annuel de prise en charge plafonné. Une fois ce plafond atteint, les formations supplémentaires restent possibles mais à la charge du praticien, sauf financement complémentaire via le FIF-PL ou des fonds propres.
Actions éligibles et organisme de formation
Seules les actions dispensées par un organisme enregistré auprès de l’ANDPC sont éligibles au financement. Nous recommandons de vérifier systématiquement l’enregistrement de l’organisme sur le site de l’ANDPC avant toute inscription, car la présence d’un label « DPC » sur un support promotionnel ne garantit pas l’éligibilité effective de l’action.
Les formations peuvent prendre plusieurs formats : présentiel, e-learning, ou mixte. Les formats en ligne ont connu une expansion notable, mais les actions en présentiel restent privilégiées pour l’évaluation des pratiques, notamment les groupes d’analyse entre pairs ou les audits cliniques.

Sanctions ordinales et contrôle de l’obligation de formation
L’article 11 du code de déontologie médicale impose au médecin de donner des soins conformes aux données acquises de la science. Le non-respect de l’obligation de DPC, et à terme de certification périodique, expose le praticien à des poursuites disciplinaires devant la chambre disciplinaire de l’Ordre.
Le Conseil national de l’Ordre dispose d’un droit de contrôle sur le respect du parcours triennal. En pratique, les sanctions restent rares à ce jour, mais la mise en place de la certification périodique renforce le mécanisme de suivi. Le décret du 22 mars 2024 prévoit explicitement des sanctions ordinales en cas de non-respect du programme de certification.
Traçabilité des actions réalisées
Chaque médecin peut consulter et gérer son historique de formation sur son espace personnel du site de l’ANDPC. Ce document de traçabilité sert de preuve en cas de contrôle. Conserver les attestations papier en parallèle reste une précaution utile, notamment pour les actions réalisées hors cadre ANDPC (congrès, DU, publications).
Articuler DPC triennal et certification périodique en médecine générale
La superposition des deux dispositifs crée une zone de flou que le CMG tente de clarifier. Les actions validées au titre du DPC triennal seront comptabilisées dans le cycle de certification périodique, à condition qu’elles correspondent aux référentiels définis.
L’enjeu pour les généralistes installés est de ne pas attendre 2032 pour structurer leur démarche. Valider régulièrement des actions diversifiées (formation scientifique, EPP, gestion des risques, et désormais santé du praticien) permet d’anticiper sans surcharge le basculement vers la certification.
Le cadre réglementaire reste évolutif. Les textes d’application de la certification périodique sont encore en cours de publication pour certaines professions de santé. La veille réglementaire auprès du CMG et de l’Ordre constitue un réflexe à intégrer dans la gestion administrative du cabinet, au même titre que les obligations comptables ou conventionnelles.

